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Garçon versus Sauper



A propos du livre de François Garçon " Enquête sur le cauchemar de Darwin " (Flammarion, 2006)



L’affaire a donné lieu à des embardées de l’opinion publique bien représentatives de notre manichénne époque.

Au début de 2005 est sorti le film de Hubert Sauper Le cauchemar de Darwin, avec un grand succès public et critique. Le travail d’un historien, François Garçon (article dans les Temps modernes, fin 2005, puis livre, octobre 2006), a provoqué un revirement presque total. Je suis pour ma part bien plus réservé envers ce livre qu’envers les articles des historiens qui s’en sont pris au roman de Jonathan Littell Les Bienveillantes. Il me semble en effet que la critique historique, lorsqu’elle s’en prend à une œuvre littéraire ou cinématographique qui aborde des faits réels, doit s’exercer dans les limites d’une stricte expertise.

François Garçon a certes raison de montrer que ce film amalgame et regroupe dans une unité de temps et de lieu artificielle l’ensemble des maux dont souffre l’Afrique : orientation de l’économie en fonction des besoins des pays du Nord, guerres endémiques rendues plus meurtrières par des armes produites dans ces mêmes pays, déstructuration des sociétés traditionnelles sans que la masse des gens vive mieux pour autant, sida, enfance errante, prostitution... Il semble que l’auteur ait mal pris ces remarques et se soit un peu enferré, en refusant notamment de reconnaître l’absence d’un lien, qu’il avait fortement insinué, entre le commerce de la perche du Nil et celui des armes.

Mais enfin, ce qui compte, c’est l’œuvre. Autant il revient à l’historien de mettre le lecteur en garde contre des inexactitudes factuelles (et d’essuyer philosophiquement les crachats de ceux qui le traitent de jaloux !), autant sont malvenues des imprécations contre l’existence même de l’œuvre, ou contre son succès. Ces dernières relèvent tout bonnement d’une position militante, fort antipathique si elle est inavouée et se pare des plumes de l’objectivité.

L’historien satisferait plus à sa vocation s’il prenait ce succès même pour objet de sa réflexion. A ce propos, nous avons droit à une seule phrase, des plus courtes : le succès en France de ce film altermondialiste s’expliquerait par le fait que tout le pays est altermondialiste ! Ce n’est tout de même pas le cas du Figaro, dont Garçon souligne à plusieurs reprises l’engouement pour le film. La recherche d’une explication un peu plus fine s’impose donc. Elle est à rechercher dans le fait que le spectateur moyen, qui n’est précisément pas altermondialiste, a tendance à oublier ou à refouler le malheur de l’Afrique, tout en sachant bien qu’il existe, et qu’il n’est pas sans lien avec l’histoire de France. Il est donc sujet à de brusques retours du refoulé, qui peuvent submerger sa conscience critique.

La solution ne consiste donc certainement pas à encenser des pays comme la Tanzanie en disant que la perche du Nil leur a plutôt profité, mais à ne dissimuler ni les rayons ni les ombres et, surtout, à chercher si leur inscription dans le commerce mondial met ou non ces pays sur la voie du développement.

une critique équilibrée, et du film, et du livre

le 2 janvier 2007



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