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Dialogue avec les oeuvres

Nouvelle histoire de Vichy



Un livre de Michèle Cointet



Editions Fayard, 2011.

Il y avait des années qu’une telle synthèse n’était point parue. A cet égard, ce livre éclipse ses devanciers et sera désormais sur le régime de Vichy, produit croisé d’une défaite militaire et de l’échec politique de Paul Reynaud, l’ouvrage de base.

Mais plutôt que d’en faire une recension classique, conformément à la vocation de ce site en général et de la présente rubrique en particulier, je vais surtout faire dialoguer cet ouvrage avec mes propres investigations sur un certain nombre de moments clés du régime : sa naissance, Mers el-Kébir, Montoire, le 13 décembre, la politique de Darlan, l’assassinat de Dormoy, le procès de Riom, l’invasion de la zone sud, l’exécution de Mandel et la chute finale.

J’ai coutume, devant tout livre relatif à Vichy, de demander si l’auteur soupçonne ou non que la main de Hitler guide souvent celle de Pétain, directement ou par un petit nombre d’intermédiaires tels qu’Abetz, Best, Knochen ou Heydrich du côté germanique, et, du côté français, quelques agents en poste à Paris, Wiesbaden ou Vichy. De ce point de vue, la moisson est maigre chez Dreyfus, Aron ou Paxton, un peu plus fournie chez Duroselle ou Azéma-Wieviorka... Et ici ?

Une excellente formule, encore assez rare, illumine l’introduction mais ne déploie pas toutes ses conséquences.

"Les dirigeants français ont été prisonniers du choix initial de l’armistice, qui comptait sur la défaite de l’Angleterre suivie rapidement d’un traité de paix. Dès lors que l’occupation a duré, ils se retrouvent livrés à un ennemi implacable, habile et pervers", lit-on page 13. Autant dire que la situation créée par la ténacité churchillienne, conjuguée au jeu nazi à la fois anti-français, antisoviétique et avide d’un rapprochement avec l’Angleterre, a livré la France en pâture à Hitler, après qu’elle s’en fut remise à lui dans un traité imprudent. Les pages sur l’économie, parmi les plus pertinentes, montrent abondamment qu’il a pâturé, et puisé efficacement dans les ressources françaises pour soutenir son effort de guerre. Michèle Cointet n’hésite pas, sur ce chapitre, à renvoyer aux analyses d’Annie Lacroix-Riz, frappées d’ostracisme pour péché de marxisme par nombre de ses confrères. Mais elle poursuit le paragraphe, après la citation qui précède, en ne parlant que de démarches françaises (motivées par la vitesse acquise, l’ambition, etc.) et en laissant de côté l’habile et pervers ennemi. Un signe clair de cette sous-estimation apparaît quand, p. 549, entre en scène Helmut Knochen, le chef du SD et donc le bras droit de Heydrich en France, à propos des négociations entreprises par Laval au printemps de 1942. L’auteur indique qu’il était arrivé à Paris dès juin 1940, "pour surveiller les ennemis idéologiques du nazisme" : une motivation bien étroite pour un homme au moins aussi important, dès le départ, dans la prise en main du pays, que l’ambassadeur Abetz, certes plus en vue. Mais l’histoire est là, précisément, pour ajuster ce genre de perspectives.

Partant avec raison de la déclaration de guerre, enchaînant sur l’imprudente ruée des armées alliées en Belgique le 10 mai 1940, Michèle Cointet écrit étonnamment que ce mouvement "attire une deuxième offensive de Hitler par les Ardennes", comme si elle n’avait pas été planifiée à loisir depuis février. Et surtout, comme si Hitler n’avait en rien contribué à cette prise à contre-pied de l’ennemi et ne l’avait pas assidûment entretenu, pendant la drôle de guerre, dans l’idée que l’Allemagne était trop faible, tremblait devant lui et, en cas d’offensive, chercherait tout au plus, dans un premier temps, à s’emparer de la Belgique.

Dans le récit de l’effondrement militaire et politique, une vérité "officiellement" proclamée "depuis 1945" est dénoncée en termes vagues (p. 22). La vérité vraie qu’on nous aurait cachée, c’est qu’à partir du comité de guerre du 25 mai le gouvernement français recherchait l’autorisation de l’Angleterre pour signer un armistice. L’édition en 2009 des procès-verbaux de ce comité est censée l’avoir révélé. En fait, les positions citées de Pétain et de Lebrun étaient publiques depuis 1941 [1]. Mais le plus intéressant est l’attitude tout à fait résignée de Reynaud dès ce moment, même s’il est plus prudent que Pétain en paroles. De ce point de vue, ce livre est à la page quand il cite les mémoires récemment édités de Roland de Margerie, dévoilant le défaitisme de Reynaud le matin du 26 mai, assorti d’une crainte de troubles révolutionnaires qui n’a rien à envier au général Weygand, ni au Thiers de 1870. Il est plus surprenant de voir citer le livre de Pierre Lazareff De Munich à Vichy (discrètement publié à New-York en 1944) mais ignorer sa page sur le 5 juin, date à laquelle le journaliste apprend de son patron, Jean Prouvost, que Reynaud vient de l’envoyer en mission secrète à Londres, pour conjurer Churchill de s’engager dans un processus d’armistice impliquant à la fois la France et l’Angleterre.

Michèle Cointet manque ainsi, après l’avoir effleurée, une vérité encore, à vrai dire, bien peu officielle : Reynaud n’est pas un adversaire de l’armistice qui flanche au moment décisif sous l’effet de la fatigue, des objurgations de sa compagne ou de la résolution plus forte de Pétain et de Weygand, mais un partisan de cet armistice (et de la paix générale, les conditions hitlériennes étant présumées "généreuses") si et seulement si les Anglais en font autant, longtemps persuadé qu’ils vont le faire et finalement privé de politique quand il doit constater qu’il n’en est rien.

L’habileté de Hitler est cependant mentionnée (p. 36) mais en passant, à propos de la bénignité relative des conditions d’armistice et sans se demander s’il ne tire pas déjà, à Bordeaux et avant toute négociation d’armistice, beaucoup de fils, par l’intermédiaire de diplomates espagnols ou vaticans. Il a fait courir en tout cas le bruit de ces conditions "généreuses" dès le début de mai par l’intermédiaire de Dahlerus et connaît l’état d’esprit de Pétain par celui de son ambassadeur en Espagne.

Une question n’est pas posée du tout : qu’est-ce qui fait que la France prend ce chemin et que l’Angleterre le refuse ? Et corollairement, qu’est-ce qui fait que le pôle immédiat d’opposition à Pétain et à l’armistice, qui se dessine autour du général de Gaulle dès le 16 juin au soir, rallie dans un premier temps si peu de monde ? L’examen de cette question aurait pu développer utilement la remarque citée plus haut sur l’horizon d’attente des signataires de l’armistice : un effondrement immédiat de la résistance anglaise. Or n’est-ce pas Hitler qui avait créé cette illusion, par l’allure apparemment irrésistible de son offensive, et induit dans l’esprit de l’immense majorité des dirigeants français civils et militaires l’idée que les sacrifices imposés par la continuation de la lutte, qu’il s’efforçait de rendre douloureux (ainsi par le bombardement de Bordeaux, dans la nuit du 19 au 20 juin), étaient désormais inutiles ? Pour baisser les bras, il ne fallait pas d’abord être conditionné de telle ou telle manière par les idéologies des années trente, qu’elles fussent pacifistes, anti-républicaines ou ce qu’on voudra ; il suffisait d’être docile aux illusions distillées par Hitler depuis 1933, et Dieu sait si des centaines de millions d’humains l’étaient, en juin 1940. Inversement, il fallait s’appeler Churchill ou de Gaulle, ou du moins s’affranchir à grand effort de l’immédiat, pour discerner le toupet de l’illusionniste et voir qu’il n’avait pas encore partie gagnée.

Lorsqu’il est question (p. 48-49) des négociations d’armistice, si l’insurrection initiale de Darlan devant les conditions allemandes concernant la flotte au soir du 21 juin est mentionnée, rien n’est dit en revanche de sa plate retraite du lendemain -il est même suggéré que Hitler s’est incliné et a modifié le texte, alors que cette concession est restée à l’état de promesse verbale, ce qui conduira en droite ligne aux événements de Mers el-Kébir.

A ce moment, le livre prend un pli qui ne le quittera plus guère : croire sur parole le journal de Baudouin. S’il lui arrive de mettre en doute ses jugements (ainsi p. 65, à propos de Laval), son authenticité n’est pas soupçonnée alors qu’il y aurait lieu, ô combien.

L’affaire de Mers el-Kébir est heureusement entremêlée avec la réunion de l’assemblée dite nationale (et trop peu, ici, accommodée de guillemets) dont elle influence fortement le résultat. Son récit en revanche est beaucoup trop classique, voire légèrement anglophobe (il est suggéré que l’amiral Somerville avait ordre de couler la flotte s’il ne la ralliait pas, alors qu’au contraire il avait tout loisir de faire réaliser des sabotages sur place, mais ne sut pas amener son collègue français Gensoul à cette solution).

Quant à l’assemblée des 9 et 10 juillet, racontée en détail de manière novatrice dans sa préparation et sa tenue, elle fait l’objet d’une analyse plus classique sur le chapitre de sa légalité. Au jugement de René Cassin suivant lequel elle n’avait pas le droit de se dessaisir de son pouvoir constituant est opposé celui même d’Alibert, émis sur l’heure pour conseiller Laval : puisque l’assemblée est souveraine, elle délègue ce qu’elle veut. Or la légalité pouvait, peut et pourra s’apprécier autrement : la guerre continue et l’Angleterre reste une alliée, la France est occupée et aucune légalité ne saurait prévaloir sur son intérêt national, les députés et sénateurs qui siègent le font, surtout s’ils viennent de zone nord, avec la bénédiction de l’ennemi qui doit sans doute y trouver son intérêt et enfin, plus procédurièrement, les passagers réputés "traîtres" du Massilia ont été écartés par un mensonge de Laval, lui-même entaché de complaisance envers l’ennemi (il a prétendu faussement, et qu’il fallait une autorisation allemande pour les faire revenir d’Afrique, et qu’elle avait été refusée) ; alors que, si on avait quelque chose à leur reprocher, au point de les déchoir de leur droit à siéger dans cette instance, il convenait d’ouvrir les débats par la levée, dûment motivée, de leur immunité parlementaire. En d’autres termes, si le pouvoir exécutif convoque le législatif en en oubliant sciemment une partie, l’illégalité de la réunion est indiscutable.

Là encore, cependant, Hitler est peu mentionné alors qu’il est actif, ou du moins travaille, fût-ce à son insu, les esprits. Ce qui motive Laval et Alibert, en ces journées, c’est moins le souci d’étrangler la République ou de renforcer l’exécutif que celui d’instaurer un Führeprinzip à l’allemande, censé favoriser les relations des deux pays en rapprochant leurs institutions.

Le chemin qui mène à Montoire est également trop balisé de soucis politiques internes et on n’y trouve guère de petits cailloux signalant une intervention étrangère. Ainsi la Révolution nationale, au chapitre VI intitulé "Sources d’une idéologie", est prétendument annoncée par un discours de Pétain du 10 juillet (plutôt du 11, en fait) avant d’être présentée dans celui du 10 octobre, sans que le hiatus soit le moins du monde expliqué. L’expression est d’ailleurs censée provenir de groupes français des années trente, alors qu’elle était usitée en Allemagne en 1933-34 et que ce n’est peut-être pas tout à fait une coïncidence. Passant curieusement sous silence le brouillon annoté par Pétain que Serge Klarsfeld a exhumé le 3 octobre 2010, le passage sur le premier statut des Juifs est particulièrement inattentif aux suggestions et autres guidages allemands en la matière, que Tal Bruttmann et Laurent Joly ont repérés voici déjà quelques années, en prolongeant une intuition de Barbara Lambauer.

En fait, c’est tout un jeu de chat et de souris qui se met en place, au plus tard lors de la première rencontre Abetz-Laval du 19 juillet 1940 : Vichy essaye de coordonner les réformes intérieures et les négociations avec l’occupant. Il lâche alors quotidiennement la proie hypothétique d’une victoire anglaise pour l’ombre illusoire d’une entente avec l’Allemagne dans le cadre de "son" Europe -en croyant que la proie et l’ombre sont inverses et que son attitude seule est réaliste.

La période qui va de Montoire au 13 décembre, c’est-à-dire d’une démarche conjointe de Pétain et de Laval envers Hitler au renvoi brutal du second par le premier, est contée en détail, au détriment d’une vision d’ensemble. Michèle Cointet donne plus d’importance aux démarches de Louis Rougier et de Jacques Chevalier pour réconcilier Vichy et Londres que l’historiographie antérieure, qui les minore à l’excès, mais elle s’arrête en chemin : le renvoi de Laval est tout de même une promesse de Pétain aux Anglais, le 10 novembre, en fixant une échéance d’un mois qui sera presque respectée. Il faut donc rompre résolument avec une certaine historiographie résistante, qui voit dans le 13 décembre un règlement de comptes de politique intérieure en s’aveuglant sur le fait qu’une telle provocation -le renvoi spectaculaire d’un ministre ouvertement favorable à l’Allemagne, et même son arrestation-, procède nécessairement d’une remise en cause de l’armistice, au moins sous la forme d’une velléité.

Ce qui manque avant tout, c’est une lecture précise de la conversation de Montoire, telle que Philippe Burrin en a été le pionnier dans son livre de 1995 La France à l’heure allemande. Pétain propose d’entrée une collaboration sous la forme d’un effort pour reconquérir les colonies d’Afrique ralliées en août à de Gaulle... et Hitler fait la sourde oreille. Mais au cours des semaines suivantes il semble avoir entendu, et il fait convoquer des dirigeants vichyssois en zone nord pour causer d’opérations contre le Tchad. Entre-temps, la provocation de l’expulsion des Lorrains qui ne veulent pas être allemands oblige Vichy à sa seule protestation publique contre l’Allemagne, car dans le cas contraire l’opinion conclurait que l’abandon de l’Alsace-Lorraine a été convenu à Montoire sans contrepartie. On ne peut sans déchoir greffer là-dessus des opérations anti-anglaises en Afrique, bénies par le Reich : voilà qui décide à l’action un clan anti-Laval où le ministre de l’Intérieur, Marcel Peyrouton, joue un rôle prépondérant, mentionné dans ce livre mais peut-être pas assez nettement.

Une question ici se pose : Hitler a-t-il, à un moment quelconque, perdu la main ? Deux données invitent à penser le contraire, l’une bien mise en relief dans l’ouvrage, l’autre non. Tout d’abord, une campagne anti-vichyste inouïe de la presse collaboratrice de Paris en général et de Marcel Déat, pris en main directement par Abetz, en particulier : l’autorité de Pétain est défiée et s’il ne fait rien il n’est plus qu’un plat valet. D’autre part, la date même du 13 décembre est induite par une initiative hitlérienne : la brusque annonce, la veille, d’une cérémonie aux Invalides, le 14 au soir, pour rendre à la France le cercueil de Napoléon II le jour même du centenaire du "retour des cendres" de son père, sous Louis-Philippe. Hitler convie Pétain avec un très court délai... et le contraint de s’afficher de nouveau avec lui, très peu de temps après Montoire et sans qu’aucun des bienfaits attendus de la collaboration ne se soit produit. Pire, il s’agit de prostituer, en Napoléon, le représentant le plus glorieux des armes françaises en le mettant au service de la gloire du conquérant européen suivant, anti-français au dernier degré. Pétain ne peut que refuser... et Hitler anticiper ce refus.

Le renvoi de Laval suscite comme il se doit d’homériques colères d’Abetz et de son maître à l’adresse de Vichy, mais l’Allemagne ne perd pas une seconde le contrôle de la situation. La cérémonie étant maintenue mais sans Pétain ni Hitler, Abetz en profite pour prendre en main le représentant du gouvernement français, l’amiral Darlan, qui est ensuite chambré, le jour de Noël, par le Führer en personne. Peyrouton joue son va-tout le 31, en décidant brièvement Pétain à un départ pour Alger à l’invitation de Churchill, qui se fait fort d’empêcher les Allemands de l’y poursuivre. Cette velléité retombe dans la soirée même du 31, l’étoile de Darlan monte vers son zénith et les semaines suivantes voient tomber comme des quilles les "conjurés du 13 décembre".

Les pages sur le ministère Darlan sont parmi les meilleures du livre. Elles sont placées sous le signe d’un propos d’Henri Michel qui n’est pas tombé dans l’oreille d’une étudiante sourde : le plus "collaborateur des hommes de Vichy n’était pas Laval, mais l’amiral Darlan" (p. 423).

Une manipulation nazie est bien mise en relief dans ce chapitre XIII, lorsqu’il est question des parlotes qui vont déboucher sur les "protocoles de Paris" : on voit Darlan dans le bureau d’Abetz, le 5 mai 1941, engager une négociation "donnant-donnant". Le principe est vite acquis : Vichy mettra le territoire syrien à la disposition du Reich pour soutenir un coup d’Etat pro-allemand en Irak, moyennant des contreparties sur les prisonniers, la ligne de démarcation, les frais d’occupation, etc. On en est là lorsque l’ambassadeur est dérangé par un télégramme urgent, pâlit et demande que la France accorde tout de suite un droit d’atterrissage à Alep aux avions militaires allemands, car les insurgés irakiens ont un urgent besoin de renforts. Darlan accepte, et Michèle Cointet dit sans ambages qu’il succombe sans s’en douter à une ruse grossière.

Hélas, pourquoi faut-il qu’elle parle de "la petite manoeuvre d’Abetz", sans se demander elle-même si le mal ne vient pas de plus haut ? On en a vu pourtant des scènes de ce genre, à Berchtesgaden ou dans la chancellerie de Berlin, quand les visiteurs se nommaient John Simon, Schuschnigg, Hacha, Dahlerus ou Henderson... On est dans la ruse nazie la plus basique, inventée par Hitler et certes reproductible par nombre d’élèves appliqués, mais il vaudrait la peine de poser au moins la question de l’autonomie d’Abetz en la circonstance.

Mieux : la source est ici l’un des deux ouvrages de mémoires du ministre de Vichy le plus en osmose avec l’Allemagne, Jacques Benoist-Méchin. Le premier, intitulé pour cette période De la défaite au désastre, est un plaidoyer rédigé par Benoist-Méchin sous l’Occupation, avant les procès et pour justifier sa conduite à toutes fins utiles. Le second, beaucoup plus tardif, intitulé A l’épreuve du temps et destiné à être publié après sa mort, est une justification devant l’histoire. Dans le premier, il ne ménage pas spécialement Abetz et dans le second, beaucoup plus : dans les années 1980 subsistait encore la réputation de francophilie qu’Abetz s’était forgée à coups de bonnes paroles et que son procès parisien de 1949, conclu par une peine relativement légère, n’avait guère entamée (il faudra, pour la faire voler en éclats et le faire apparaître en nazi pur et dur, attendre la thèse de Barbara Lambauer, en 1998). Benoist joue sa propre réputation devant l’Eternel sur cette carte-là : il avait raison de vouloir s’entendre avec un Allemand sincèrement soucieux d’épargner la France au maximum, et faisant écran aux exigences de ses insatiables maîtres. Il ne va donc pas faire d’Abetz un fourbe : l’anecdote sur la ruse grossière du télégramme alarmiste, présentée dans le premier livre, est omise dans le second. Voilà une sérieuse raison de la trouver crédible.

Donc, en cette affaire des "protocoles de Paris", Abetz se révèle dans toute son inamicale malhonnêteté et Michèle Cointet, intégrant l’apport général du livre de Lambauer (même si celle-ci a manqué, de son côté, l’anecdote du télégramme !), montre crûment et dûment qu’il se joue de Darlan. Reste à poser, ce qu’elle ne fait pas, la question du rôle de Hitler.

Pour cela, il importerait d’analyser la situation d’ensemble : où en est la guerre, et que signifie ce coup de griffe sans lendemain du Reich contre l’Irak ?

En ce début de mai 1941, Hitler fourbit les préparatifs, en particulier génocidaires, de son offensive contre l’URSS, tout en multipliant les diversions anti-britanniques, à la fois pour leurrer Staline et pour secouer l’arbre anglais comme un prunier, dans l’espoir de faire tomber Churchill et d’éviter la guerre sur deux fronts. L’image du prunier suggère qu’on ne doit pas faire de mal à l’arbre lui-même : on ne s’en prendra que marginalement aux intérêts britanniques, sans rien d’irréversible, puisque précisément c’est la paix qu’on cherche de ce côté. Surtout pas d’armée allemande à Bagdad, ce qui priverait l’Angleterre à la fois de pétrole et de "route des Indes" ! Mais, dans la grande tradition hitlérienne de la prise d’otages, une opération montrant qu’on peut le faire : on suscite un coup d’Etat ami, on le soutient très mollement... On ne va donc demander à Vichy, en sa colonie syrienne, qu’une aide ponctuelle : quelques points d’appui pour un pont aérien, quelques livraisons d’armes. Le coup d’Etat est enrayé par les troupes anglaises stationnées en Irak mais l’alerte a été chaude et rien ne dit que cet échec ne va pas donner à Hitler une furieuse envie de revanche : au moment de renouveler leur confiance au gouvernement, les parlementaires britanniques auront à y penser, et à faire le bilan des enjeux et des risques.

En conséquence, tout doit être dosé avec doigté. Abetz ne doit surtout pas obtenir trop de Vichy, mais doit l’obtenir dans le bon tempo. Il convient donc de se ruer sur la très précieuse annexe du livre de B. Lambauer qui détaille les absences d’Abetz : on y apprend qu’il passe en Allemagne presque tout le mois d’avril 1941 ! La concertation avec Hitler, directement ou via Ribbentrop, est allée bon train et tout a pu être soigneusement mis au point, y compris l’envoi d’un télégramme alarmiste. Car le fait de laisser supposer qu’Abetz prend l’initiative de cette comédie revient à dire qu’il cherche à compromettre Darlan le plus vite et le plus fort possible dans l’aide aux rebelles irakiens, alors que l’inverse est vrai.

Certes, Hitler pourrait dire à Abetz de foncer pour obtenir de Vichy le maximum d’aide au Levant quitte à le freiner ensuite, tout comme en mai 1940 il avait lancé Guderian contre Boulogne et Calais pour le faire piler et piaffer devant Dunkerque. Mais justement : en 1940 la guerre était essentiellement franco-allemande et se jouait dans un mouchoir de poche, avec un Führer aux abords et aux aguets, n’ayant presque rien d’autre à faire que de d’orienter et de doser la progression. A présent il court la mappemonde, affrontant ou menaçant les Anglais sur terre et sur mer avec l’intention bien arrêtée de se concentrer bientôt sur les Soviétiques. S’il veut, en exhibant la soumission de Vichy, faire craindre aux Britanniques la perte de l’Irak pour les inciter à se débarrasser de Churchill, il y faut du doigté : une mise entière de la Syrie à la disposition du Reich risque au contraire de raidir le Royaume-Uni derrière son audacieux pilote, tout en augmentant les ralliements à de Gaulle chez des Français de plus en plus honteux de leurs dirigeants. Il est donc hautement probable que Hitler, au mois d’avril, ait donné à Abetz une feuille de route assez précise : il faut faire apparaître la soumission de Vichy tout en ne lui demandant, en Syrie, que des services limités.

Darlan, c’est aussi le procès de Riom, qui après deux ans et demi d’instruction s’ouvre enfin au début de 1942. Ce terrain historiographique encore peu défriché aurait été propice à la démonstration du caractère hautement collaborateur de ce gouvernement. On cherche en effet rarement les raisons de la lenteur de cette instruction : peut-être l’encombrement croissant des tribunaux français après cette guerre incite-t-il à croire que Vichy croulait sous les dossiers et avait dû mettre celui-là sous une pile épaisse ? Les ouvrages sur Riom, quasiment tous dûs jusqu’ici à des avocats, des magistrats ou des chroniqueurs judiciaires, ont plutôt tendance, quand ils posent la question, à estimer que c’est l’innocence même des accusés qui rendait l’instruction ardue. Allons bon ! Si une dictature s’en prend à des innocents et les met en prison, va-t-elle retrouver tout à coup une éthique en recherchant des preuves de leur culpabilité et en n’osant pas les faire comparaître tant qu’elle n’en a pas ? En fait, la mise en place de la cour de Riom suit de quelques jours, en juillet 1940, la feuille de route donnée à Laval par Abetz et l’exécution des "responsables français de la guerre" devrait, logiquement, suivre de peu. Si l’Allemagne le voulait. Si l’affaire traîne, c’est donc que Berlin veut autre chose. Nous retrouvons ici la logique de la prise d’otages. Il ne convient pas que l’occupant incite Vichy à fusiller les dirigeants de la Troisième République, ce qui ne pourrait que dicter à chaque Français des devoirs impérieusement gaullistes. Mais il est excellent de faire vaguement semblant de le vouloir, de mettre en scène des divergences à ce sujet entre durs et mous dans la direction allemande, etc. Pétain, de son côté, est prêt à tout, comme le traitement précocement cruel et hautement menaçant de Georges Mandel au Maroc suffit à le montrer, mais le même Pétain entend monnayer son abaissement contre des adoucissements dans l’application de l’armistice et surtout contre un traité de paix, seul capable de justifier la remise au bourreau des dirigeants "criminels" du régime précédent : ceux-ci pourraient alors être présentés comme des traîtres à la solde de l’Angleterre, qui auraient fait des soldats français la chair à canon de Londres, en provoquant ces braves Allemands dont les conditions de paix prouveraient la "modération".

Les preneurs d’otages ont coutume de rendre leur chantage crédible par des démonstrations limitées de leur violence et de leur absence de scrupules. C’est ce que fait l’Allemagne, sous Darlan, par deux moyens : l’affaire des gardes territoriaux, qui éclate en mars 1941, et l’assassinat de Marx Dormoy, en juillet. L’armée allemande recherche et arrête en zone occupée des Français âgés, non mobilisables en 1939 mais recrutés comme gardes territoriaux. Certains auraient, en dirigeant la traque de parachutistes allemands, commis des crimes de guerre lors de la campagne de mai-juin. Ces malheureux sont traduits devant des tribunaux de la Luftwaffe, et des dizaines sont condamnés à mort. Vichy proteste sur tous les tons, on lui répond d’abord que la justice allemande est indépendante... puis on finit par expliquer, tout en fusillant quelques condamnés, qu’on gracierait bien tous les autres, à condition que "leurs chefs" Reynaud et Mandel soient livrés au Reich pour répondre de ces crimes. Darlan finit par donner son accord, en juin : c’en est trop pour Hitler, qui fait dire tout-à-coup par Ribbentrop via Abetz que le Reich, réflexion faite, serait satisfait si ces deux hommes politiques, au lieu d’être retenus dans un hôtel à Vals-les-Bains, étaient détenus dans une "enceinte fortifiée".

C’est un mois plus tard, alors que Pétain ni Darlan n’ont répondu sur ce point, que Marx Dormoy, libéré de Vals en février et assigné à résidence dans un hôtel de Montélimar, y est sauvagement massacré. Encore un point aveugle de l’historiographie. Comme la victime, ministre de l’Intérieur de Blum, avait démantelé au début de 1937 le complot de la Cagoule, on croit paresseusement, quand on se pose la question, que les assassins le punissent pour cela et on les traite de "cagoulards" sans autre examen. Or ils ont été retrouvés, la police de Vichy déployant à cet égard de gros efforts, et se sont révélés liés à Doriot, que rien ne rapprochait de la Cagoule et tout, en revanche, à cette époque, d’Abetz ; au point qu’on le voit mal interférer sans ordres dans les rapports entre Abetz et Pétain, en allant dans sa zone lui tuer un homme politique de l’ancien régime, assigné à résidence, sans un mandat précis de l’ambassadeur. Si on ajoute que Dormoy était juif, de ces Juifs français que Pétain et Darlan se faisaient fort de protéger, le caractère germanique et nazi du crime ne fait plus guère de doutes. Ni son inscription dans un chantage, en rapport étroit avec le procès de Riom. Michèle Cointet survole de très haut la question, comme l’appartenance des assassins et leurs mobiles, en disant seulement que Dormoy est tué par des "activistes".

Après de telles prémisses, le procès de Riom ne peut être étudié que classiquement, comme une affaire franco-française où la seule intervention allemande serait une colère de Hitler devant la tournure des débats, qui déclenche leur ajournement sine die en avril 1942 (p. 502).

Le collaborateur Darlan se prête une dernière fois, en janvier 1942, à des amorces de pourparlers de paix avec l’Allemagne. Hitler, en difficulté devant Moscou et en Libye, semble enfin avoir besoin de Vichy, ne serait-ce que pour ravitailler Rommel par la Tunisie, Abetz fait des avances ainsi que des promesses et le conseil vichyssois des ministres donne un feu vert à des pourparlers de paix qui devraient déboucher sur une aide à l’effort de guerre allemand. Après quoi, comme après Montoire, comme après les protocoles de Paris, c’est l’Allemagne qui calme le jeu en ne donnant pas suite. L’affaire a été abordée, et clarifiée, en 2009 sur le présent site, à la suite d’un débat sur son forum. Elle est très instructive quant à l’historiographie passée de Vichy : Robert Aron, qui passe pour un pétainiste modéré et intelligent, a ici trompé Eberhardt Jäckel, Robert Paxton et Philippe Burrin ! et là encore, c’est Barbara Lambauer qui a remis les pendules à l’heure... allemande. Car les auteurs précédents professaient que les intermédiaires, à savoir Abetz et Benoist-Méchin, avaient truqué les positions de leurs propres gouvernements pour forcer la main, qui de Hitler, qui de Pétain. Lambauer montre que Hitler en personne a agité devant Abetz, début janvier, l’idée de préliminaires de paix secrets, assortis d’une entente sur les meilleurs moyens de présenter une entrée en guerre aux côtés de l’Axe à l’opinion française. Michèle Cointet présente ce dossier d’une manière un peu frileuse, en renvoyant dos à dos les diverses thèses :

Contrairement à Robert Aron et à Eberhardt Jäckel, la biographe d’Otto Abetz, Barbara Lambauer, croit que Hitler attache de l’intérêt à ce sondage sur les intentions françaises. Si cette mission limitée d’Abetz ne prouve pas que Hitler envisage de mettre en place une nouvelle politique à l’égard de la France, elle autorise à émettre quelques doutes sur la détermination immuable de sa politique française.

Or la question n’est pas de savoir si Hitler a varié dans sa politique française (il est clair que non : de juin 1940 à août 1944 il cherche à empêcher ce pays de lui résister par une combinaison, en proportions variables, de menaces et de promesses, tout en le pillant) mais si, parmi les faux espoirs dont il berçait la France, figurait celui d’un traité de paix liant le sort du pays à celui de l’Axe, et jusqu’à quand. Ce qui apparaît ici c’est que Darlan a nourri une telle espérance et y a conformé sa conduite jusqu’à la fin de son ministère ou à peu près, et que son remplacement par Laval le 18 avril 1942 marque une rupture, des deux côtés, avec cette politique, au profit d’une recherche d’arrangements au jour le jour. Le livre de Michèle Cointet ne dégage pas cette conclusion avec une clarté suffisante et attribue trop le changement de ministère à des facteurs internes et personnels, comme l’usure de Darlan et le vieillissement de Pétain, qui aurait éprouvé le besoin de s’en remettre à un homme à poigne.

Le nouveau gouvernement Laval est présenté d’une manière incisive en démentant les allégations d’après guerre de son chef comme celles de René Bousquet. Il est dit excellemment (p. 543) : "Il prétendra plus tard qu’il a voulu payer les Allemands en paroles pour ne pas donner d’hommes. Le problème est qu’il a aussi donné les hommes et que les Allemands ont refusé tout adoucissement, acceptant seulement, selon leur intérêt évident, que le gouvernement français agisse en pleine souveraineté en publiant et en appliquant des lois françaises." P. 545, une archive inédite nous fait connaître une grève de cheminots contre les réquisitions de main-d’oeuvre, à Oullins, en octobre 1942, qui se propage dans des usines lyonnaises avant d’être calmée par le recul tactique d’un responsable dépêché de Vichy (Roger Gibrat).

Le récit de la rafle du Vél d’Hiv est sans surprise, mais nourri d’anecdotes particulièrement frappantes et représentatives. De même, les résistances diverses à la persécution des Juifs, avec un paragraphe sur les Justes, sont décrites avec bonheur en se référant aux derniers travaux, particulièrement ceux de Limore Yagil. Ainsi s’effectue un "passage à l’histoire" qui nuance un certain nombre de récits consacrés comme celui du pasteur Trocmé à propos du Chambon-sur-Lignon, quelque peu biaisé par son idéologie non-violente. D’une façon plus générale, les aperçus de ce livre sur la Résistance tendent à dégonfler certaines baudruches, comme le caractère insurrectionnel de la conclusion des Visiteurs du soir, le film de Carné et Prévert, ou celui du poème "Liberté" d’Eluard, librement paru [2] (p. 197-198).

A propos du débarquement en Afrique du Nord et du refus de Pétain d’y aller lui-même malgré les incitations de son entourage, Michèle Cointet continue de privilégier des explications françaises et psychologiques (sur le fonctionnement du couple Pétain-Laval et la lassitude du maréchal) en ne regardant sans doute pas assez le comportement de la partie allemande, plus intéressée que jamais au maintien d’un pouvoir d’apparence française. Ainsi l’irruption de Knochen le 11 novembre au fort du Portalet dès le début de l’invasion de la zone sud pour s’assurer des personnes de Mandel et de Reynaud, loin d’être mise dans la balance de la décision du maréchal (partir pour Alger après ce moment aurait signifié l’abandon de deux hommes dont il avait garanti l’intégrité à des représailles immédiates), n’est pas signalée. L’arrivée des Allemands au fort est même datée du 12 (p. 594).

L’auteur montre un talent certain pour les portraits et en parsème agréablement son propos, au moment où les personnes décrites voient leur rôle se préciser. Certains seconds rôles sont éclairés pour la première fois, ainsi Georges Hilaire (p. 609), qui aide Laval à récupérer une partie de l’ancien personnel radical et fait l’objet d’une réflexion insultante du docteur Ménétrel, trouvée dans les archives (p. 614). Des noms cependant manquent qu’il eût été bon de citer, comme Gabriel Jeantet qui, comme Ménétrel, intriguait aux marges de la Résistance anticommuniste et du cabinet du maréchal, non sans passer par la case allemande. Il eût été convenable de l’introduire lors d’un épisode étudié, à juste titre, en détail, la crise de l’automne 1943 qui débouche sur la mise en place du dernier Vichy, celui que noyaute la Milice. Cette crise accouche d’un texte mort-né, la constitution enfin proposée par le maréchal après avoir été annoncée depuis juillet 1940. Elle sert jusqu’à ce jour de sauf-conduit aux pétainistes, tant elle est d’apparence démocratique et présente de traits communs avec celle de 1958. Il est plaisant d’apprendre, p. 637, à quel point Pétain avait été résistant... au rétablissement du suffrage universel, avec lequel il croyait bien en avoir fini. Des conseillers plus opportunistes, comme Bouthillier, avaient dû faire longuement son siège et attiser sa rivalité avec de Gaulle, pour l’empêcher de se ridiculiser par un texte suivant lequel le pouvoir aurait nommé jusqu’aux maires des petites communes.

La description de la Milice et de ses activités est aussi nourrie que le permet l’état actuel de la documentation. Cependant, là encore, la pression allemande ne me semble pas tout à fait bien cernée. Rien n’est dit, par exemple, de l’assassinat de Victor Basch... en présence de Rudolf Moritz, officier SS. Jean Zay et Georges Mandel sont censés être tués pour des raisons "franco-françaises". Pourtant, p. 670, un sous-chapitre intitulé "De l’utilité d’un maréchal de France" montre, au moins par son titre, que Pétain joue encore un rôle important. Le tout est de savoir au profit de qui et, dans l’hypothèse où ce serait au profit des Allemands, s’ils attendent passivement des services, ou les sollicitent quelque peu. Ainsi, les messages radiodiffusés désavouant la résistance, dont celui enregistré à l’avance pour le jour du débarquement, ont été indubitablement extorqués par les geôliers allemands du maréchal, et ce n’est pas dit. Là encore, le chantage et la prise d’otages vont bon train et, même si on ne sait pas tout, il est prudent de soupçonner que les Allemands soient à l’origine de beaucoup d’atrocités camouflées en crimes français, ou partiellement francisées en appelant à la rescousse des miliciens ou des doriotistes. En sorte que le maréchal, et Laval également, restent à leurs postes en croyant être encore utiles pour éviter des "débordements", sans parler du fantasme toujours efficace, au bout de quatre ans, d’une "polonisation" de la France si elle était privée de Vichy. Il est clair au moins, d’après une recherche récente, que l’assassinat de Georges Mandel ne doit rien à une initiative milicienne -mais il est vrai, en revanche, que l’organisation dirigée par Darnand se laisse charger du crime sans broncher.

Après une narration rapide de l’exil des dirigeants de Vichy en Allemagne, puis des procès, une très brève conclusion dispose que

L’Etat français s’est révélé incapable d’assurer le bien commun, tant par son caractère de prince esclave d’une puissance étrangère criminelle que par son mépris du droit et de la personne.

Cet excellent livre annonce donc le progrès que le suivant devra accomplir : une meilleure articulation de ces deux aspects, permettant de comprendre à quel point le maître guidait les gestes de l’esclave.

le 18 septembre 2011

[1] Cf. Thomas (Louis), Documents sur la guerre de 1939-40 (sic !), Paris, Aux Armes de France (re-sic !), octobre 1941, p. 39 et suivantes.

[2] Il faut préciser tout de même, ce que l’auteure fait en passant, que c’était en zone non occupée. Le texte était paru précédemment dans la presse clandestine.



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